2010/06/06

2010 06 01 Prospective d'un monde en mutation


Prospective d'un monde en mutation [Broché]

Michel Saloff Coste Edgar Morin Ervin Laszlo Matthieu Ricard Tristan Lecomte Jean Staune Antonella Verdiani Jacques Lesourne Jean-Eric Aubert Carine Dartiguepeyrou  
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Comment expliquer les grands changements planétaires que nous vivons ? De quelle nature est cette transformation et comment impacte-t-elle nos systèmes politiques, économiques et sociaux ?


Comment construire un développement durable au-delà du débat sur la croissance et la décroissance ? S'agit-il d'un « virage » ou d'une « métamorphose » qui nous conduit vers une nouvelle civilisation ? 

L’enjeu de nos sociétés est de parvenir à dégager des stratégies créatives qui allient vision et action pour construire un avenir meilleur, plus proche des hommes et du vivant. Dans ce sens, ce livre s’adresse à l’ensemble des parties prenantes que cela soit les États, les entreprises ou la société civile qui se posent la question du devenir planétaire.

Ce livre propose une série de contributions d’auteurs venus de divers horizons, à la fois en termes de discipline, d’activités et de personnalités : Jean-Eric Aubert, Carine Dartiguepeyrou, Ervin Laszlo, Tristan Lecomte, Jacques Lesourne, Bruno Marion, Edgar Morin, Matthieu Ricard, Michel Saloff Coste, Jean Staune, Antonella Verdiani. Tous amis du Club de Budapest, œuvrant chacun à leur façon pour la conscience planétaire, ils ont à la fois un nouveau regard et une vision originale sur un sujet essentiel à la transformation et cherchent à mettre en œuvre les idées qu’ils défendent.


VIDEO: https://vimeo.com/album/240299



 « La crise globale à laquelle l'humanit fait face aujourd'hui affecte toutes les personnes et toutes les sociétés. Si nous continuons au rythme actuel, au milieu de ce siècle, notre Terre pourrait devenir en grande partie inhabitable pour l'humain et la plupart des autres formes de vie» Ervin Laszlo, Déclaration d'Etat d'Urgence Global, Club de Budapest International le 30 Octobre 2008

« Demain ne sera pas comme hier. Il sera nouveau et il dépendra de nous. Demain est moins à découvrir qu’à inventer » Gaston Berger, Phénoménologie du temps et prospective, 1964.

«Nos problèmes ont été créés par l’homme et nous pouvons donc les résoudre. Nos possibilités ne connaissent pas de limites. Aucun problème humain ne va au-delà nos capacités » John Fitzgerald Kennedy, discours A l’université de Washington - 10 Juillet 1963


L’idée de ce livre m’est venue de manière très naturelle. Je cherchais à rassembler des pionniers de la réflexion prospective autour des thématiques de durabilité. Et puis soudain, voyant la richesse de nos Soirées des amis et des Journées de l’Université intégrale, la fidélité de nos premiers membres d’honneurs et créatifs, la générosité des nouveaux membres d’honneur et créatifs à nous rejoindre malgré leurs activités et la constellation d’un petit groupe d’amis du Club de Budapest, chercheurs et intervenants réguliers, il m’est apparu comme une évidence que nous devions commencer par là : retranscrire, partager et transmettre ces formidables sources d’inspiration et d’enthousiasme dans un monde qui se cherche.

C’était également l’occasion, pour moi qui signait à nouveau pour deux ans ma contribution en tant que Présidente du Club de Budapest en France, d’aider l’équipe à aller plus loin qu’elle ne l’avait fait jusqu’alors dans la matérialisation de nos réflexions et notre contribution sociétale aux questions sur les mutations profondes que nous vivons.

Ce livre propose une série de contributions de différents auteurs venus d’horizons divers, à la fois en terme de discipline, de type d’activités, de personnalités. Et puis c’est l’occasion de rendre hommage à des individus très créatifs et qui oeuvrent chacun à leur façon pour la conscience planétaire. Tous ont été choisis parce qu’ils ont à la fois un nouveau regard ou une vision originale sur un sujet essentiel à la transformation planétaire et cherchent à mettre en œuvre les idées qu’ils défendent. Il y a bien sur ceux qui sont plus intellectuels et contemplatifs, et ceux qui sont plus tournés vers l’action, mais dans l’ensemble tous partagent cette quête de penser pour agir en cohérence.

Tous les membres d’honneurs, membres créatifs ou amis du Club de Budapest se retrouvent dans le formidable texte « Le manifeste de la conscience planétaire » rédigé par Ervin Laszlo en collaboration avec le Dalai Lama qui se trouve à la fin de livre. Cet appel à la sagesse, écrit en 1996, reste d’avant-garde en anticipant les changements en cours tels que la mondialisation, le développement durable et l’importance de conscientiser les autres cultures, le vivant, l’ensemble de la planète. Aujourd’hui ces thèmes sont plus relayés mais le chemin est encore long vers la voie de l’action globale.

Trois objectifs s’offrent à nous : regarder plus profond, plus large et plus loin.

Regarder plus profond

Nous nous tournons vers le futur, nous sommes le futur que nous créons. Nous sommes invités à nous projeter, à développer de nouvelles utopies, à libérer nos énergies créatives tout en ne laissant pas passer la malveillance, l’injustice et le totalitarisme. « L’avenir appartient à ceux qui ont une longue mémoire » disait Nietzsche. C’est pourquoi nous devons aussi ancrer nos réflexions, écouter nos ancêtres et l’histoire de nos civilisations pour mieux comprendre d’où nous venons, nous rappeler nos succès comme nos échecs. Les travaux de Jared Diamond sur les civilisations sont en ce sens fort utiles.
Dans une ère informationnelle où la désinformation et la surinformation dominent largement les médias, il faut savoir faire la part du juste et du faux, remonter aux données premières et à l’essentiel (ou à la « racine carrée des choses » pour reprendre l’expression de Philippe Starck), croiser les sources d’information en favorisant la diversité. En terme culturel, nous sommes amenés à prendre une posture épistémologique en essayant de décrypter le système de représentation de l’autre.
Regarder plus profond, c’est aussi dépasser le cadre qui nous est donné, chercher à comprendre qui l’a formaté ou d’où il vient. C’est donc développer son esprit critique et élaborer son propre sens.

Regarder plus large

Il en est de même avec ce qui se passe sur la planète. Nous devons faire des efforts pour comprendre nos différences, nos altérités et nous inscrire dans une démarche positive et constructive vis-à-vis de l’autre. Mais nous devons également peut-être plus que jamais nous rassembler autour de valeurs communes pour bâtir l’unité.
C’est bien l’enjeu de « l’unité dans la diversité » qu’il faut appliquer à la planète. Il nous fait regarder plus large, avec une curiosité bienveillante, l’autre qui diffère culturellement de nous, l’autre qui n’est pas humain mais animal ou végétal, l’autre qui n’est pas planète mais cosmos.
Ce qui « enfantera la poésie future » écrivait Sri Aurobindo, « c’est le choc des deux mentalités occidentale et orientale- d’un côté ce mental large, spirituel, ce regard intérieur tourné vers le moi et les réalités éternelles, et, de l’autre, cette libre quête de la pensée, ce courage de l’énergie de vie partant à l’assaut de la terre et de ses problèmes »[1].

Regarder plus loin

L’enjeu est de reconnecter avec notre curiosité, avec cette envie d’aller vers l’inconnu, d’affronter le vide et de conscientiser les « futurs possibles » avant de faire des choix. Il ne faut pas céder à la pression du court terme en prenant également du temps pour regarder plus loin au-delà de trois à six mois. La prospective est là pour nous rappeler qu’elle concerne les horizons de plus de dix ans au moins.
L’orchestration des différents rythmes (court, moyen et long termes), significativement accélérée par l’usage des technologies de l’information et de la communication, est un des enjeux majeurs à venir. C’est une conception peut-être romantique des choses, mais il faut retrouver des rythmes écologiques, biologiques où nous soyons plus en lien avec le reste de la nature.
Il ne faut pas céder au risque de notre propre instrumentalisation, libérer notre intuition et ouvrir notre cœur. « Ce n’est pas d’un tête-à-tête ni d’un corps-à-corps : c’est d’un cœur-à-cœur dont nous avons besoin » disait Pierre Teilhard de Chardin[2].




[1] Sri Aurobindo, La poésie future, Buchet/Castel 1996, p. 416.
[2] Pierre Teilhard de Chardin, L’avenir de l’homme, Editions du Seuil, 1959, p.90.






VIDEO : https://vimeo.com/album/240299





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Prospective d’un monde en mutation
 Mercredi 16 juin 2010
Forum 104 rue de Vaugirard, 75006 Paris
8h30 - 18h00

Nous avons le plaisir de vous inviter à participer à une journée exceptionnelle organisée par le Club de Budapest et l’Université intégrale à l’occasion de la sortie du livre collectif Prospective d’un monde en mutation (sous la direction de Carine Dartiguepeyrou, Editions L’Harmattan, Collection Prospective, 2010, www.prospective-monde-mutation.com) auquel ont notamment contribué : Ervin Laszlo, Edgar Morin et Matthieu Ricard.

Comment expliquer les grands changements planétaires que nous vivons ? De quelle nature est cette transformation et comment impacte-t-elle nos systèmes politiques, économiques et sociaux ? Comment construire un développement durable au-delà du débat sur la croissance et la décroissance ? S'agit-il d'un « virage » ou d'une « métamorphose » qui nous conduit vers une nouvelle civilisation ? 

L’enjeu de nos sociétés est de parvenir à dégager des stratégies créatives qui allient vision et action pour construire un avenir meilleur, plus proche des hommes et du vivant. Cette journée se concentrera sur les éléments de diagnostic et les solutions. Elle sera l’occasion d’écouter et de dialoguer avec les intervenants suivants:

    Jean-Baptiste de Foucauld, président de Démocratie&Spiritualité, initiateur du Pacte civique et fondateur de Solidarité Nationale contre le Chômage, membre d’honneur du Club de Budapest France, www. www.democratie-spiritualite.org
    Thierry Gaudin, président de Prospective 2100, membre d’honneur du Club de Budapest France, www.2100.org
    Ervin Laszlo, président et fondateur du Club de Budapest International, initiateur Worldshilft Alliance, www.clubofbudapest.org, www.wordshift2012.org
    Tristan Lecomte, fondateur et président d’Alter Eco, membre créatif du Club de Budapest France, http://tristanlecomte.altereco.com/
    Jacques Lesourne (sous réserve), président de Futuribles, membre d’honneur du Club de Budapest France
    Bruno Marion, conférencier et spécialiste de l’Asie, co-fondateur de l’Université intégrale, www.brunomarion.com
    Edgar Morin (sous réserve), sociologue, membre d’Honneur du Club de Budapest International 
 Michel Saloff Coste, chercheur, co-fondateur de l’Université intégrale, http://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Saloff-Coste
    Jean Staune, secrétaire général de l’Université interdisciplinaire de Paris, membre créatif du Club de Budapest
    Antonella Verdiani, chercheur docteur en sciences de l’éducation, amie du Club de Budapest

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Futur des civilisations et civilisations du futur.
Michel Saloff Coste
Initiateur du Club de Budapest France et de l’Université intégrale


"La crise globale à laquelle l'humanité est confrontée affecte aujourd'hui toutes les personnes et toutes les sociétés. Si nous continuons au rythme actuel, au milieu de ce siècle notre Terre pourrait devenir en grande partie inhabitable pour l'humain et la plupart des autres formes de vie. "
Ervin Laszlo Déclaration d'Etat d'Urgence Global, Club de Budapest International, le 30 Octobre 2008

"Nous sommes en plein milieu d’une crise financière, économique, sociale sans précédent ; nous sommes à la veille d’une catastrophe écologique planétaire ; nous devons maintenant  inventer un monde nouveau où les folies d’hier ne seront plus possibles. C’est la responsabilité qui nous incombe. Nous savons tous maintenant vers quelles catastrophes peut nous conduire notre obstination à essayer de régler les problèmes du XXIe siècle avec les instruments et les idées du XXe siècle. Désormais, plus un seul d’entre nous ne pourra prétendre qu’il ne savait pas."
Discours du président de la République Française Nicolas Sarkozy,
64ème Assemblée générale des Nations Unies, New-York, le 23 septembre 2009


    

Nous vivons aujourd’hui la fin d’une vague de civilisation, d’une culture et d’un mode de pensée. Ce qu’on appelle la modernité s’est construit sur un a priori « instrumental » qui considère que minéraux, végétaux, animaux ne sont que des ressources d’un système économique ! 




A la fin l’homme n’est lui même qu’une ressource…. Ne parlons nous pas de « Directeur des Ressources humaines » ? Cette vision mécaniste du monde est certainement à l’origine de l’extraordinaire succès de la civilisation moderne. Mais ce succès se transforme en horreur, quand poussé à l’extrême il aboutit à la faillite de notre biodiversité, l’explosion planétaire de la misère et l’implosion économique. 

Cette vision du monde était un progrès, elle est aujourd'hui un handicap. La pensée mécaniste n’est pas capable de résoudre les problèmes dont elle est à l’origine.

Nous ne trouverons des solutions que si nous sommes capables de comprendre le système dans lequel nous vivons d’un point de vue extérieur. Si nous sommes capables d’en comprendre les mécanismes de les démonter et de les remonter de manière pacifique dans le cadre d’un système plus complexe, non plus mécanique mais interactif, systémique et intégral.

Passer de l’ère agraire, à l’ère industrielle ne s’est pas fait sans heurts, sans difficultés. Certains pays se sont effondrés et sont retombés dans la barbarie. D’autres se sont figés et ont stagnés, comme ébahis devant la rapidité de l’évolution moderne. D’autres cultures sont devenues des pionnières et ont pris le leadership planétaire.

La transition qui nous attend dans les dix ans qui viennent est infiniment plus profonde, complexe et rapide, que toutes les ruptures précédentes. Il nous faut aujourd’hui repenser notre façon de penser et reconstruire les fondements de nos civilisations en respectant leur diversité, leur héritage et leurs richesses culturelles multimillénaires. Nous pouvons aujourd'hui faire un nouveau bond en avant dans la qualité humaine de notre système d'intégration global.

Le système dans lequel nous sommes aujourd’hui a été largement imaginé dès le XVIIème et le XVIIIème siècle par une série de penseurs qui ont su imaginer le passage de l’ère agraire à l’ère industriel. Nos fondements économiques et sociaux ont été élaborés dans un contexte où on considérait les ressources planétaires potentiellement illimitées. Le développement exponentiel de la civilisation industrielle nous confronte aujourd’hui aux limites des ressources planétaires et nous avons à inventer une économie et une société qui sachent s’inscrire positivement dans l’écosystème.

Le droit économique modéré par le droit social doit aujourd’hui s’inscrire dans un droit plus large écologique.

De la même manière que la séparation des pouvoirs exécutifs, juridiques et législatifs sont des fondements essentiels au développement  des sociétés industrielles démocratiques modernes, il nous faut aujourd’hui imaginer une série de principes fondateurs pour une société de l’information, une société de la connaissance, une société de la création, une société écologique qui reconnaisse les droits et les valeurs de toutes les parties prenantes de notre écosystème planétaire globale. 

La société moderne et l’économie industrielle a eu tendance dans son déploiement à détruire massivement la diversité végétale, animale et culturelle : nous savons aujourd’hui que cette diversité et un facteur essentiel de développement et de stabilité de nos vies.

Comment imaginer un système économique et social qui ne détruise pas son environnement global et ne se met pas en danger lui-même à travers cette destruction ? Notre propos est de défricher un espace vierge où nos origines puissent être refondées.

Quelques axes de réflexions.
La crise systémique appelle des réponses systémiques, cela implique la refondation de notre connaissance, science, art et spiritualité ; mais aussi la refondation de notre reconnaissance, droit, politique et société sans méconnaître nos fondations, biens communs, biodiversité, écosystème.
Au-delà des trois grandes vagues de civilisation, la chasse et la cueillette, l'agriculture et l'élevage, l'industrie  et le commerce, à quoi ressemble une civilisation de type quatre ?
Comment une civilisation de type quatre peut-elle s’élaborer et se développer ?
Quels sont les fondements juridiques et le contrat économique, social et écologique d’une civilisation de type quatre ?
Comment passer pacifiquement d’une société de type trois à une société de type quatre ?
Qu'elles sont les différentes formes de crises et de régression possible dans la phase de transformation ?

Faire un diagnostic pertinent.
Avant de donner un remède à un malade, il est important d’effectuer un diagnostic qui soit pertinent sinon le remède inapproprié peut tuer le malade déjà affaibli par sa maladie.
Plus le malade est atteint, plus le diagnostic juste devient important, du fait de la fragilité induite par la maladie.
C’est pourquoi il est essentiel de  comprendre la crise actuelle en profondeur, pour trouver de  bonnes solutions. Dans ce diagnostic je partirai des causes les plus générales pour rentrer ensuite dans les détails. La cause fondamentale de la crise planétaire que nous traversons est évidente mais très difficile à accepter, car elle remet en cause l’ensemble de notre mode de développement et de penser.

Une croissance exponentielle infinie est impossible dans un espace limité…
L’espèce humaine pendant des millions d’années n’a été qu’une espèce parmi les autres dont la population comme les autres espèces de mammifère se comptait par millions. Les limites des possibilités offertes par la chasse et la cueillette expliquent cette situation. Ce contexte change pour la première fois pendant la période néolithique grâce à l’agriculture et l’élevage qui permettent la densification de la population. Nous atteignons, après dix mille ans de lentes progressions marquées par des régressions importantes, liées aux épidémies, aux guerres et à la fragilité des civilisations, un milliard d’êtres humains en 1850. Grâce aux nouvelles possibilités offertes par l’industrie, en seulement 150 ans nous multiplions ce chiffre par six, pour atteindre six milliards en l’an 2000. Alors que précédemment nous n’avions usé que très marginalement nos ressources en matières premières, en moins de 50 ans, nous avons utilisé plus de la moitié de ces ressources.
Cette exploitation brutale et globale de nos ressources planétaires a conduit à une pollution massive, qui détruit autour de nous les espèces végétales et animales ainsi que l’ensemble de l’écosystème nécessaire à notre survie.
La planète se réchauffe et le climat se dérègle mettant en danger l’ensemble de notre agriculture. 
Notre croissance exponentielle butte sur les limites naturelles de notre planète.

…cependant la croissance est un impératif de l'économie du capital.
Lorsque le système économique, dans lequel nous vivons aujourd’hui, a été pensé, il représentait une véritable révolution par rapport au système féodal, qui avait dominé le monde jusqu’alors. Le système féodal était basé sur la conquête du territoire, qui permettait ensuite les deux activités essentielles de l’époque : l’agriculture et l’élevage. Ce type de développement était organisé autour la reproduction naturelle des végétaux, des animaux et des humains et l’économie et la monnaie n’avaient qu’une fonction marginale : faciliter des échanges qui étaient majoritairement locaux du fait de l’absence de moyens de transport mécanisés.
A partir du XVIIIème siècle, la maîtrise croissante de l’énergie et notamment l'usage massif du pétrole permet le développement industriel et l’expansion du commerce international.
Ce développement industriel va donner une place centrale à la monnaie et au capital comme effet de levier. Investir dans des installations industrielles permet l’exploitation de ressources naturelles. La théorie économique de ce nouvel ordre est appelée « le capitalisme ». Il existe trois grandes interprétations possibles du capital : le communisme, le socialisme et le libéralisme. Bien que ces interprétations puissent paraître radicalement différentes, elles partagent en commun l’importance qu’elles donnent au "capital" comme levier de croissance et le fait qu’elles envisagent la croissance comme un impératif du développement économique.
Le capital investi est rémunéré par la croissance. C’est la promesse de la croissance future qui motive le détournement d’une partie significative de nos ressources vers des moyens de production. La croissance permet à nos entreprises de vendre leur futur contre des ressources financières immédiates pour leur développement actuel. Tous les systèmes économiques basés sur le capital sont donc basés sur la confiance en une promesse de croissance. Au XVIIIème siècle, à l’époque où ce système est inventé, les limites de la planète et la finitude des ressources ne sont pas mesurables et difficilement envisageables : les ressources planétaires paraissent immenses et illimitées. Jusqu’à dans les années soixante-dix, la possibilité des limites de la croissance ne sont jamais évoquées sérieusement.

Il faut attendre les premières modélisations informatiques des ressources planétaires et de la croissance économique par le Club de Rome, qui donneront lieu au livre “Halte à la croissance”, pour qu’une infime partie de l’humanité commence à prendre conscience des limites planétaires. Bien que ce rapport ait été écrit depuis plus de trente ans, que ses prédictions se soient révélées justes, il n’a eu aucun effet sur le déroulement exponentiel de la croissance et la précipitation programmée de l’humanité vers sa propre destruction.

Pourquoi cet aveuglement ?

Parce que, comme un vélo qui trouve son équilibre en roulant et le perd en s’arrêtant, le système capitaliste qu’il soit libéral, social ou communiste, est basé intrinsèquement sur la croissance.

Sans croissance l’ensemble de notre système bancaire basé sur la dette, les valeurs de nos actions et nos retraites s’effondrent. Le système capitaliste qui domine aujourd’hui le monde est basé sur une croissance exponentielle continue.

La crise actuelle est facilement compréhensible : c’est la confrontation entre les nécessités de croissance exponentielle toujours plus grandes du système capitaliste et les limites de notre planète. Ces limites sont déjà atteintes et même largement dépassées dans les pays développés. Il nous faudrait actuellement cinq planètes pour vivre tous sur les standards américains.

Dans les pays développés, la population stagne et, sans croissance de population, il est bien difficile d’avoir une croissance économique. Les pays émergents en pleine croissance démographique et économique cristallisent nos contradictions et notre déchirement entre la réalité de l’apocalypse écologique et l’eldorado illusoire d’une croissance exponentielle.

L’effondrement de la natalité et parallèlement l’essoufflement de la croissance dans les pays les plus développés économiquement les ont poussés à différentes dérives pour  doper artificiellement leur dynamisme superficiel et leur rentabilité à court terme. Ces dérives du système capitalisme ont en fait profondément affaibli structurellement sur le long terme les pays les plus avancés, mais aussi l’ensemble du système économique mondial.

Ces dérives sont de notoriété publique et nous les connaissons bien : développement d’une bulle des échanges spéculatifs 80 fois plus importante que l’économie réelle, relance de la consommation par la distribution de crédit hasardeux, endettement des Etats, délocalisation et diminution des investissements à long terme dans l’éducation, la recherche, les moyens de production locale, déséquilibre de la balance commerciale, faible natalité et stagnation de la population. Finalement nous devenons massivement débiteurs des pays émergents dont la Chine en particulier.

Il y a une forte corrélation entre population, croissance et pollution. Lorsque la population stagne, la croissance devient difficile, les marchés limités au renouvellement stagnent aussi. Toute croissance de la population si elle est éduquée, employée et donc solvable, amène de la croissance par le fait de l’installation de nouvelles familles, qui créent un marché nouveau en plus du marché de renouvellement. Chacune de ces familles en s’installant crée une nouvelle pollution qui vient s’ajouter à celle déjà existante.

Afin de bien mesurer à quel point cette crise n’est pas une erreur intrinsèque au capitalisme, ni à une crise cyclique de ce même capitalisme, il suffit d’imaginer en effet ce qui se passerait si nous n’étions pas enfermé dans un espace et des ressources finis.

Modélisation d’une croissance exponentielle dans un monde limité

En imaginant une croissance à deux chiffres comme toute économie dynamique peut l’avoir si sa natalité ne fléchit pas, nous aurions déjà facilement atteint les dix milliards d’êtres humains sur la planète en 2010, l’Europe et l’Amérique seraient en plein boom, talonnées par la Chine et l’Inde. Le monde connaîtrait une période de prospérité comme il n’a jamais connu. Deux milliards d’êtres humains seraient en train de rejoindre le niveau de vie et la richesse des pays les plus avancés. L’automobile verrait son marché tripler.  En 2020 nous serions 20 milliards d’êtres humains, en 2030 40 milliards, en 2040 80 milliards et en 2050 160 milliards. Ce développement qui serait tout à fait naturel si nous n’étions pas limités par nos ressources correspondrait au pillage et à la complète destruction de plus de 200 planètes. Si nous continuions à ce rythme là, nous dépasserions les 1000 milliards en 2100.
C’est ce contexte de croissance qui permettrait en effet d’assurer nos retraites, de valoriser nos actions par une croissance à deux chiffres et de financer l’éducation et la recherche par la promesse de développement futur grâce à des marchés émergeants. Si cette croissance de dix pourcents est absolument nécessaire afin de rendre crédible nos endettements et nos systèmes de retraite, on voit bien que, dans la réalité, cette croissance débouche sur une situation écologiquement impossible et insoutenable. Par contre, le fait que cette croissance soit aujourd’hui impossible, rend chaque jour plus improbable le remboursement de nos dettes. L’économie mondiale apparaît comme un château de cartes construit sur de la dette insolvable et l’illusion d’une croissance future.


Nous sommes bloqués au moment même où nos capacités techniques nous auraient permis de connaître un développement à nul autre pareil dans notre histoire. De ce fait nous sommes comme un moteur électrique rempli d’énergie pour tourner à pleine puissance mais qui serait bloqué dans sa rotation par une force extérieure. Les circuits électriques se mettraient à chauffer et finalement à sauter en se carbonisant. C’est ce qui se passe aujourd’hui au niveau économique. Le ralentissement de la croissance, alors que notre masse monétaire est en pleine expansion, crée une crise de la confiance qui aboutit à l’effondrement de la pyramide de dettes engagées sur la promesse d’un développement futur.

Comment cette crise va-t-elle se manifester et se manifeste t-elle déjà aujourd’hui ?

La difficulté de cet ancien système économique à dégager aujourd'hui de la valeur et à continuer à être profitable aboutit à une concentration capitalistique croissante et au développement d'une bulle de spéculation financière artificielle et déconnectée de la réalité avec le risque de l'effondrement systémique de l'économie mondiale. Les Etats, pour répondre à court terme à cette crise, ont réagi par une émission massive de monnaie et par une amplification de l'endettement. Cette réponse, même si elle apparaît bénéfique à court terme, crée inévitablement à moyen terme une inflation rampante, un appauvrissement grandissant du pouvoir d'achat de chacun et le discrédit du système monétaire mondial.

La concentration des capitaux, la dévalorisation des monnaies, l'effondrement du pouvoir d'achat sont les facteurs qui structurent la crise sociale que nous traversons : appauvrissement rapide des plus pauvres, difficultés croissantes des classes moyennes et chute vertigineuse des actifs virtuels des plus riches.

Les premiers à être touchés sont paradoxalement les entreprises massives. Leur taille, loin de les protéger, les affaiblit et aucun Etat ni repreneur n’est suffisamment important et capable d’assurer leurs rachats et leur solvabilité. Leur faillite entraînera la faillite de leurs sous-traitants et de beaucoup de moyennes entreprises, à leur tour.

Les grands centres urbains seront aussi les premiers touchés, du fait même, là aussi, de leur taille. De la même manière ce sont les Etats les plus développés de la planète qui ont le plus à perdre dans cette crise, leur population vieillissante aura du mal à s’adapter au nouveau contexte et ils risquent de perdre une partie significative de leur patrimoine économique historique. Le processus d’effondrement détaillé de notre système économique mondial est difficilement prévisible dans les détails, parce que comme tout effondrement, il est chaotique.

L’ensemble des décisions prises actuellement pour relancer l’économie et la croissance serait tout à fait adapté dans la perspective d’un monde sans limites. Mais dans ce nouveau contexte où la croissance est bloquée par des forces externes, injecter de l’argent dans le système est aussi absurde que d’augmenter la puissance électrique dans un moteur bloqué : cela le fait sauter entre plus vite.

Que devrions-nous faire ?

Si nous sommes d’accord sur ce diagnostic, différents scénarios sont possibles :

Le  premier, le plus évident, bien que très éloigné des préoccupations de chacun consisterait à élargir par la conquête spatiale notre champ d’action à l’ensemble de notre système solaire. Malheureusement nous n’avons pas encore les moyens d’une conquête spatiale susceptible d’offrir des véritables espaces de vie et de croissance à court terme. La crise actuelle, si notre diagnostic est juste, montre néanmoins et attire notre attention sur le caractère incontournable de la conquête spatiale, si l’espèce humaine veut se développer à long terme !

Le deuxième scénario, qui est sans doute un des plus probables, car il s’est souvent produit dans notre histoire passée, marqué par un développement en dents de scie, est l’effondrement brutal de la population planétaire du fait d’épidémies, de guerres et de catastrophes naturelles liées à la période chaotique que nous traversons avec le retour barbare à différentes formes de totalitarismes.

Le troisième scénario, le plus sage, celui qui serait le plus susceptible de nous faire traverser cette période critique sain et sauf, serait d’imaginer dès maintenant un nouveau système économique et social viable dans le nouveau contexte où nous sommes. Nous pourrions alors inventer des processus pour passer de manière maîtrisée de la civilisation industrielle, aujourd’hui en crise, à ce nouveau type de civilisation.

D’une certaine manière les trois scénarios ne s’excluent pas. Sans doute allons nous continuer la conquête spatiale, même si elle offre peu de solutions à court terme, sans doute connaîtrons-nous une période chaotique de transition de plus ou moins grande importance. Sans doute une part significative de l’humanité s’engagera et s’engage déjà dans une réflexion de fond pour la construction de nouvelles civilisations.

Je ne développerai pas les deux premiers scénarios, bien qu’ils le mériteraient, car ils ne sont malheureusement pas suffisamment explicités.

La conquête spatiale est un des grands enjeux du futur et devrait être beaucoup plus vulgarisée afin que l’humanité puisse se familiariser avec ses caractéristiques et comprendre son caractère incontournable dans le cadre de ce millénaire.

Le deuxième scénario, quant à lui, mériterait une importante réflexion. Dans une période de transition chaotique la vie dépend parfois de la capacité minimum à l’autonomie à travers un kit de survie, un canot de sauvetage, comme par exemple, pour les malheureux passagers du Titanic.

Concentrons-nous sur le troisième scénario.

Comment imaginer dès maintenant un nouveau système économique, social et écologique viable ?

Explorons le futur, rien n'est plus important aujourd'hui que de réenchanter le futur en construisant une vision positive et en donnant des pistes d'action.
La croissance étant devenue insoutenable, comment imaginer un nouveau système économique qui tienne compte de la nouvelle réalité planétaire ?
La croissance, ce n’est pas simplement une des données incontournables de l’économie actuelle, la croissance sous différentes formes est au cœur de tous les processus de vie. Il est sans doute difficile, mais nécessaire, de renoncer à la croissance telle que nous la connaissons et l’imaginons aujourd’hui. Mais il est sans doute impossible et même suicidaire de renoncer à toute forme de croissance.
N’est-il pas possible d’imaginer un autre type de croissance ?
La civilisation agraire voyait la croissance uniquement sous l’angle d’une conquête de territoire. C’était un jeu à somme nulle aux dimensions très restreintes avec des perdants et des gagnants, basé sur la guerre et la destruction de l’autre. La civilisation industrielle a transformé cette croissance territoriale limitée  en une croissance économique moderne plus vaste et productive : un jeu aux dimensions multiples où les agents tout en étant en concurrence, coopèrent dans la création d’une économie mondiale florissante qui bute aujourd'hui sur les limites matérielles.
Mais le système actuel peu être dépassé, encore une fois, et remplacé par un système plus complexe nous assurant d’un développement enthousiasmant et néanmoins adapté à nos nouvelle contraintes.
Au niveau économique, l'enjeu est de définir ce que pourrait être une croissance dans un monde dont nous expérimentons pour la première fois la finitude matérielle globale. Cette nouvelle croissance économique mais aussi sociale et écologique passe par la transformation de toute une série de secteurs économiques qui aujourd'hui empoisonnent effectivement la planète du fait de leur efficacité à extraire et purifier et répandre à l'échelle mondiale une multitude de substances artificielles difficilement recyclable  par l'écosystème et donc dangereux. Il est impératif aujourd'hui que l'ensemble de la chaîne de production de biens matériels soit repensé dans ses fondements enfin d'éliminer, au niveau planétaire, ce processus toxique et cancérigène qui aboutit à une pollution de l'air, de l'eau et de la terre, détruit massivement la vie végétale et animale et met en cause la pérennité de l'humanité elle-même.

L'ensemble de l'activité agricole est aussi a repensé enfin d'assurer la santé durable des être humain, des animaux et des plantes dans un contexte de biodiversité. Des approches nouvelles se développent aujourd'hui à l'échelle mondiale avec des résultats positifs comme The Natural Step et Biomimicry.


Le développement durable ou développement soutenable, anglicisme tiré de "sustainable development" est une conception récente de l'intérêt public, c'est un mode de développement appliqué à la croissance reconsidéré à l'échelle mondiale afin de prendre en compte les aspects écologiques et culturels généraux de la planète. Il s'agit selon la définition proposée en 1987 par la Commission mondiale sur l’environnement et le développement dans le Rapport Brundtland : "Un développement qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs".

Les trois piliers du développement durable.

L'objectif du développement durable est de définir des schémas viables qui concilient les trois aspects économique, social, et environnemental des activités humaines : « trois piliers » à prendre en compte par les collectivités comme par les entreprises et les individus.

De nouveaux indicateurs de développement, des solutions scientifiques, technologiques, sociologiques et écologiques rendent possible une "nouvelle croissance verte" qui non seulement cesse l'intoxication planétaire mais, de plus, permette un renouvellement de la biodiversité.

La théorie d'une nouvelle économie verte.

Selon la théorie économique classique, héritée d’Adam Smith, l’homo economicus doit tendre vers la plus grande productivité de trois facteurs: le travail, le capital et les matières premières. Mais une brève analyse de l’enseignement dans les départements d’économie et des pratiques dans les entreprises suffit pour constater que les sociétés industrielles ne mettent présentement l’accent que sur les deux premiers facteurs et négligent le troisième. En effet, elles recherchent avidement une plus grande productivité de la main d’œuvre (produire plus avec une force de travail réduite) et une plus grande productivité du capital (obtenir un plus grand retour sur investissement à moindre risque), mais font très peu d’efforts pour améliorer la productivité des matières premières. Peut-être est-ce dû au fait que les notions de productivité, de travail et de capital sont surtout l’objet d’étude des facultés d’économie, alors que l’utilisation (et non la productivité) des matières premières relève plutôt des écoles d'ingénieurs ? En somme, le modèle économique présentement en vigueur ne semble pas savoir comment répondre aux besoins de la population mondiale croissante avec les ressources disponibles, parce qu’il n’applique même pas les principes de sa propre théorie.

Alors que les sciences ont évolué vers une approche systémique, les économistes demeurent étonnamment attachés à leur vision linéaire et mécaniste, surtout au niveau micro-économique des sciences de la gestion. Si nous voulons relever les défis auxquels nous devons faire face, il est urgent de comprendre les systèmes complexes donc l'économie n'est qu'un sous-ensemble et d’adopter une approche intégrale écologique et systémique, en harmonie avec les cycles naturels dont nous dépendons. Il nous faudra aussi intégrer dans ces modèles la part croissante dans l'économie des échanges virtuels.

Présentement, nous exploitons les ressources de la planète comme si elles étaient gratuites, infinies et en perpétuel renouvellement. Mais les taux actuels d’érosion des ressources et de production des déchets épuisent la nature plus vite qu’elle ne peut se régénérer. Que pensez-vous des gens qui dilapident leur capital sans se préoccuper d’assurer leur retraite et sans avoir la moindre intention d’en faire profiter leurs descendants ? C’est exactement ce que nous faisons avec notre capital naturel... En d’autres termes, il est temps de nous concentrer sur la productivité de notre "capital naturel"[1] tout en cherchant à le faire fructifier.

L’humanité a hérité d’un capital naturel accumulé pendant 3,8 milliards d’années. Ce capital comprend toutes les ressources naturelles que nous utilisons: le sol, les minéraux, les métaux, le pétrole, les arbres, l’eau, les poissons, l’air, etc. Ces ressources se trouvent dans toutes sortes d’écosystèmes: prairies, savanes, marécages, estuaires, océans, terrains riverains, toundras ou forêts, qui abritent diverses communautés d’êtres vivants: humus, champignons, bactéries, amphibiens, fougères, arbres, insectes, oiseaux, étoiles de mer ou fleurs, qui rendent possible la vie sur terre et la rendent agréable. Plus nous imposerons de contraintes à ces systèmes vivants, plus notre prospérité sera liée à l’état de notre capital naturel plutôt qu’à nos prouesses industrielles. Actuellement, les matières premières semblent peu coûteuses parce que leur coût de production ne tient pas compte des conséquences de leur exploitation et de leur transformation : destruction des forêts, déchets toxiques déversés dans les cours d’eau, pluies acides, smogs urbains, érosion et nitrification des sols, eutrophisation des lacs, disparition des cultures indigènes, appauvrissement des communautés, etc. De plus, un environnement sain ne fournit pas seulement de l’air pur et de l’eau claire, il accomplit des tâches beaucoup plus complexes et moins valorisées, comme le traitement des déchets, la protection contre les conditions climatiques extrêmes et la régénération de l’atmosphère. Ainsi, une forêt n’est pas simplement qu’une réserve de bois, elle offre aussi des services de stockage de l’eau, prévenant les inondations, elle utilise le gaz carbonique, principal gaz à effet de serre, et produit de l’oxygène, etc. Quand les scientifiques essaient d’attribuer une valeur pécuniaire à tous les services rendus par la biosphère, ils aboutissent à un chiffre qui approche le produit mondial brut.

Notre modèle économique néglige de comptabiliser les plus grands stocks que nous utilisons : les ressources naturelles et les écosystèmes, aussi bien que les systèmes sociaux et culturels qui constituent la base du capital humain. Nous liquidons notre capital naturel en l’inscrivant dans la colonne des «revenus». Mais cette «erreur comptable» ne peut être corrigée simplement en assignant une valeur pécuniaire au capital naturel, car plusieurs des services que nous recevons des systèmes vivants n’ont pas de substituts connus. L’évaluation des services rendus par la biosphère est, au mieux, un exercice difficile et imprécis, car tout ce qui nous est essentiel pour vivre et que nous ne pouvons remplacer à aucun prix devrait avoir une valeur infinie. Soulignons, en outre, que le mot «services» doit être utilisé avec prudence puisque les écosystèmes effectuent leur travail naturellement et non pour servir l’humanité. Si nous voulons déterminer les coûts réels de la production industrielle, il nous faudra donc trouver un moyen de tenir compte du capital naturel et des services écosystémiques, notamment en appliquant progressivement une fiscalité verte. La taxe carbone est un des thèmes d'actualité!

Dans Natural Capitalism, Paul Hawken, Amory Lovins et son épouse L. Hunter proposent une stratégie en quatre volets pour fonder le capitalisme naturel :

1. Accroître radicalement la productivité des matières premières : L’utilisation plus efficace des ressources présente trois bénéfices importants: elle ralentit l’appauvrissement des ressources à un bout de la chaîne, diminue la pollution à l’autre bout, et peut abaisser le niveau mondial du chômage en offrant des emplois significatifs. Réduire le gaspillage qui caractérise les flux de matières premières, depuis leur extraction ou leur récolte jusqu'à la fin de vie des biens de consommation représente une opportunité économique importante.

2. Pratiquer des modèles de production inspirés par la nature, le biomimétisme : En imitant la nature, on peut éliminer jusqu’à l’idée même de déchet. Il suffit d’inventer des matériaux, des procédés et des produits qui permettront de former des boucles s’intégrant dans les grands cycles naturels et favorisant la constante réutilisation des matières premières et l’élimination des matières toxiques. Le capitalisme naturel ne vise pas simplement à réduire les déchets, il propose d'éliminer la notion même de déchets.

3.  Instituer une économie de services et de location : Le capitalisme naturel appelle un changement fondamental dans les relations entre le producteur et le consommateur, un déplacement d’une économie de biens et d’achats en une économie de services et de location.

4. Investir dans le capital naturel : Il est urgent de réinvestir dans la restauration, le maintien et l’accroissement de notre plus importante forme de capital - notre propre habitat naturel et les bases physiques de la productivité et de la diversité naturelle.


Audelà du "Capitalisme Naturelle" deux autres pistes sont à explorer et développer : la dématérialisation et la  virtualisation.

La dématérialisation : à partir du moment où nous prenons pleinement conscience des impératifs écologiques, il devient essentiel de transformer en profondeur notre production industrielle et de la rendre plus écologique et intelligente mais aussi plus immatérielle. Plus écologique par le bio mimétisme et la biodégradabilité. Plus intelligente par l’usage des technologies de l’information nous permettant la traçabilité, le recyclage et la gestion optimisée, de toutes nos ressources. Mais aussi et surtout plus immatérielle : l’ensemble de nos objets, s’ils sont recalculés avec nos connaissances d’aujourd’hui et nos moyens informatiques, peuvent être produits avec dis fois moins de matière et d’énergie grâce à l’utilisation généralisée de nouvelles matériaux à structures creuses. La croissance matérielle peut ainsi se nourrir de notre capacité à dématérialiser à travers des nouveaux objets beaucoup plus légers, basés sur la structure et le vide plutôt que sur la matière elle-même !


La virtualisation : si nous sommes de plus en plus limités dans notre développement dans le monde matériel de la lithosphère (le minérale) et de la biosphère (le vivant), nous ne sommes par contre qu’au début de notre développement virtuel dans le monde culturelle de la noosphère[2]. La culture, contrairement au minéral et au vivant, qui sont liés à un nombre de dimensions et à un espace limité, peut se déployer dans un nombre de dimensions et d’espaces infinis.
Ce qui fait la richesse de la lithosphère c’est la diversité des minéraux et leurs caractéristiques singulières. Ce qui fait la richesse de la biosphère, c’est la diversité des espèces vivantes et leurs caractéristiques singulières. Ce qui fait la richesse la noosphère, c’est la diversité des cultures et leurs caractéristiques particulières.
Dans la noosphère, l’espace virtuel et le nombre de dimensions possibles sont infinis, chaque culture peut trouver sa place et apporter un nouveau regard sur toutes les autres cultures. Elle apporte en soi dans sa singularité un véritable enrichissement collectif.
La guerre de territoire est un jeu à somme nulle ou tout le monde perd pour ne rien gagner finalement ! La compétition économique introduit une dynamique créative de richesse et d’échange mais reste enfermée dans les limites de l'espace matériel en générant à la longue plus de perdants que de gagnants. La coopération culturelle dans le cadre du monde virtuel de la noosphère est un jeu créateur d’une richesse constamment renouvelée qui naît de la de la différence et de la coopération. La place est laissée à chacun dans le respect de sa singularité. C’est un jeu infiniment plus riche et porteur de sens, que celui auquel nous a habitué la concurrence commerciale  de la société industrielle !

Réconcilier les objectifs économique, sociaux et écologiques par l'innovation et le dialogue démocratique au niveau planétaire.
Ce qui freine ce processus  de civilisation c'est la concentration historique des capitaux dans le développement et la pérennisation du système économique devenu toxique qui a prévalu antérieurement. Un système économique issu d'une vision étroite, mécaniste, instrumentale, héritée du 19ième  siècle, une époque ou les ressources planétaire semblaient inépuisables et la pollution par l'homme de son écosystème impossible. La plupart des entreprises se comportent toujours comme si les hommes constituaient le facteur de production rare et la nature le facteur de production abondant, à l'image de ce qui était le cas lors de la première révolution industrielle. Or le facteur rare a changé depuis le XVIIIe siècle : de nos jours, les hommes ne sont pas rares, mais la nature l'est devenue.

Au niveau social, une nouvelle logique d'alliance et de cohésion est à inventer. Elle passe par la revitalisation d'une démocratie participative locale et le déploiement d'un véritable débat sur les enjeux actuel mais aussi la réappropriation des moyens d'échanges par des modes créatifs aux structures originales et renouvelées. La multiplication des monnaies locales alternatives sont des illustrations de ce processus et sont intéressantes à analyser et à comprendre dans ce cadre.

Les expériences, qui se multiplient dans le monde, d'écovillages et d'écoquartiers sont  des laboratoires nous permettant d'envisager des manières de vivre "verte" et "durable". Ces expériences nous donnent des pistes pour la transformation écologique, sociale et économique de nos campagnes et de nos villes. Soutenu par l'ONU, comme des laboratoire pionniers du développement durable, les écovillages et les écoquartiers ont tissé un réseau d'échange de leurs connaissances qui permet d'identifier un ensemble de bonnes pratiques et de solutions économiques, sociales et écologiques dans les domaines les plus divers : habitat, recyclage des eaux usées, énergies renouvelables, monnaies d'échanges locales, dynamique de communication communautaire, intégration solidaire intergénérationnelle, élaboration démocratique d'un projet collectif partagé et participatif , éducation intégrale toute au long de la vie, développement personnel physique, émotionnel et spirituel, santé préventive naturelle et holistique, agriculture organique, industries vertes… Ces nouveaux savoirs sont la base du développement des masters et doctorats en développement durable dans les universités d'avant garde qui développe des approches de la connaissance systémique et intégrale.

Au niveau écologique, la raréfaction des ressources minérales, végétales et animales, la pollution de l'air, de l'eau et de la terre, le changement climatique sont l'occasion exceptionnelle d'une prise de conscience de notre devenir collectif planétaire et de la nécessiter de franchir une nouvelle étape dans le développement humain. De la même manière que notre citoyenneté dans le cadre des états nations a été forgée par la prise de conscience des limites du système féodale agraire, notre citoyenneté planétaire et le renouvellement de nos dialogues démocratiques émergent aujourd'hui de la prise de conscience des limites de la ploutocratie du système capitaliste industriel dominant. Plusieurs centaines de milliers personnes et bientôt plusieurs millions sont et seront engagés dans la recherche d’un mode de vie plus écologique, plus socialement responsable, permettant le développement d’une économie innovante et d'une agriculture biologique, locale et plurielle qui participe à la biodiversité et se libère de sa dépendance au pétrole.

Beaucoup plus qu’une simple transformation de technologie, un changement de civilisation
Du fait de nos contraintes écologiques nous avons compris que le passage de la société industrielle à la société de la connaissance, passe par la dématérialisation la plus poussée possible de nos produits industriels et le développement d’une multitude de contenu, issus de notre richesse culturelle, dans le monde infini que nous ouvre le virtuel. En combinant ces deux processus, nous redonnons un ballon d’oxygène à la croissance potentielle et définissons les axes d’un développement futur. Cependant il ne faudrait pas croire que cette révolution est purement technique. Comme dans le cadre du passage de la civilisation agraire à la civilisation industrielle, ce qui est en jeu est beaucoup plus qu’une simple transformation de technologie. La manière d’envisager le pouvoir, les échanges, la manière de penser, de communiquer et de s’organiser va être profondément transformée. C’est même le rapport au temps et à l’histoire qui est bouleversé et plus profondément la transformation de tous nos systèmes de valeurs et notre manière de concevoir notre identité. Le monde se transforme, notre vision du monde se transforme et finalement nous nous transformons nous-mêmes. Il est intéressant de dégager des grandes étapes dans l’évolution humaine et d'analyser ainsi les caractéristiques de chaque vague de civilisation pour notamment mieux comprendre la dernière. Les travaux du biologiste August Jaccaci et du théoricien des systèmes John Gowan sont intéressants. En étudiant l’évolution de différents systèmes vivants naturels, ils ont observé que le développement se fait le plus souvent en quatre étapes distinctes qu'ils caractérisent par « rassembler, répéter, partager et transformer ». Ils constatent que ce modèle s'applique aussi bien à l’évolution des civilisations qu’à l’évolution des cellules ou de la conscience humaine. Ce travail de recherche confirme et fonde les quatre étapes de l'analyse de l’évolution développées dans le livre "Le management du troisième millénaire".




Grille d'analyse de l'évolution

ACTIVITÉ


OUTILS

POUVOIR

ÉCHANGE

RÉFLEXION

COMMUNICATION

ORGANISATION

HISTOIRE

CHASSE
CUEILLETTE

3 000 000 ans

Ongles
Dents

Osmose
avec
la nature


Troc


Intuitive
Animiste



Orale
Bouche à Oreille


Mythe
Tribu


Préhistoire

Temps
circulaire

AGRICULTURE-
ÉLEVAGE

300 000 ans


Bras
Jambes


Possession
de
territoire



Monnaie
métallique



Analogique
Monothéiste


Écrite
Manuscrite

Monarchie
Royaume

Histoire sacrée

Temps
linéaire

INDUSTRIE
COMMERCE

300 ans

  Sens
Viscères

Disponibilité
de
capitaux


Monnaie
papier

Scientifique
Réductionniste

Audiovisuelle
Mass-Media

Démocratie
État

Histoire profane

Temps
homogène

CRÉATION
COMMUNICATION

?

Cerveau
Nerfs

Emergeance
d'altérité

Troc
informatique

Systémique
Complexe

Interactive
Informatique

Sensibilité
Réseaux

Post-Histoire

Temps fragmenté


Nos valeurs se transforment
Les valeurs émergentes qui seraient susceptibles de porter une véritable transformation qualitative des enjeux planétaires ont souvent du mal à être comprises. C’est pourquoi les travaux de recherche sur cette thématique sont importants : Don Beck, Ervin Laszlo et Brian Hall nous donnent des pistes d'évolutions significatives. Les quatre phases proposées par Brian Hall permettent de mieux comprendre les enjeux d’évolution de chaque être humain au cours de sa vie mais donnent aussi un éclairage inattendu et pertinent sur les valeurs qui sont mises en jeu au cours des quatre phases de l’évolution humaine décrite dans la grille de l’évolution. Carine Dartiguepeyrou développe, par ailleurs, cette thématique dans sa contribution à ce livre. Paul H.Ray a publié en 2000 le livre "The Cultural Creatives, How 50 Million People are Changing the World?". Dans ce livre Paul Ray distingue aux Etats-Unis trois groupes typologiques sociologiquement distincts: les «traditionnels», les «modernes» et les « créatifs culturels ». Les « traditionnels », comme leur nom l’indique, sont ancrés dans des traditions issues du passé. Les « modernes » personnifient l’attachement aux valeurs liées à la modernité : recherche de la nouveauté, réussite économique et sociale, consommation de masse. Les « créatifs culturels » seraient une population émergente en forte croissance caractérisée par leur désir de créer une nouvelle culture et s’enracinent dans tous les mouvements de la contre-culture « activiste » post-moderne. Ils sont sensibles aux enjeux écologiques et planétaires, au droit et à l’émancipation des minorités, à l’exploration et au développement de la conscience, et sont intéressés par les cultures dans leur diversité et leur singularité. Pour Paul Ray, les « créatifs culturels » représenteraient plus de 25% de la population américaine et il estime que la même analyse peut être transposée en Europe où le développement des « créatifs culturels » est peut-être encore plus ample. Ce travail est intéressant dans notre perspective car il nous donne une idée de l’importance prise dans les pays avancés par l’idée d’un changement de civilisation. On peut considérer que les « traditionnels » sont représentatifs des populations portées par les valeurs du type « agriculture-élevage » sinon « chasse-cueillette », les modernes étant les personnes portées par les valeurs du type « industrie-commerce », les « culturels créatifs » représentant la part de l’humanité ayant commencé à explorer dans ses comportements le potentiel de l’ère « création-communication ». Paul Ray dans son livre montre comment, bien que les « créatifs culturels » soient en forte croissance, ils se sentent isolés et ont tendance, dans un monde dominé par les « modernes », à se camoufler. L’auteur parie sur une reconnaissance des « créatifs culturels » entre eux, et à mesure que leur influence s’étend, l’émergence de la possibilité d’une transformation politique des sociétés les plus avancées. Ce livre donne des indications sur les évolutions socioculturelles.
Une des valeurs structurantes du nouveau siècle apparaît est "l'unité dans la diversité". Ces trente dernières années ont vu l'explosion des droits de chacun de se définir et de vivre à sa manière. Mais cet individualisme devient vite un enfermement s'il n'est pas contrebalancé par l'ouverture réelle à la différence des autres et à la responsabilité de chacun dans le devenir collectif.
De la même manière que l’avènement de la société industrielle a impliqué des nouvelles valeurs, un nouveau savoir-faire, des révolutions politiques, et le développement d’une nouvelle hygiène corporelle et écologique, la civilisation du futur implique des nouvelles valeurs, un nouveau savoir-faire, des révolutions politiques et une nouvelle hygiène mentale et éthique.
Un des effets pervers majeurs de la société industrielle est le fait que la concentration urbaine et le développement de la chimie amènent la multiplication microbienne et la diffusion de substances toxiques. Cela nous oblige à une hygiène renforcée et au développement d’une sensibilité écologique qui permettent le contrôle et la réduction des diffusions toxiques. Sur un autre plan, de la même manière, la société de l’information crée une fantastique diffusion des connaissances qui obligent à une plus grande sincérité, transparence, authenticité si nous ne voulons pas mourir dans les « vapeurs toxiques » du mensonge et de la désinformation démultipliée à l’infini !

L’interprétation des civilisations du futur sera plurielle.
Il y aura une grande diversité d'interprétation dans la manière de construire les civilisations du future et cette diversité dans l'interprétation est bonne et doit être encouragée car elle permettra d'explorer les champs du possible. Chaque culture a concrétisé la société industrielle de manière différente et cela sera encore plus vrai pour la société de l'information donc les variables sont infiniment plus vastes. Pour connaître en détail la politique menée par les différents pays dans le cadre l’avènement de la société de l’information, on pourra se rapporter au travail de la Rand : Country Model of the Information Revolution. Dans sa thèse de doctorat (Contribution à l’étude de la société de l’information : le cas de l'Europe, en cours d’élargissement), Carine Dartiguepeyrou décrypte les tentatives et les difficultés de l’Europe dans le cadre d’une politique innovante en matière de société de l’information. A travers ce travail on voit que, si un certain nombre de pays se sont engagés de manière volontaire et constructive dans une nouvelle politique de la société de l’information, par contraste, un certain nombre d’autres pays sont réfractaires, ignorants ou médiocrement intéressés. On voit aussi apparaître des disparités dans les perceptions des enjeux de la société de l’information et en conséquence des politiques menées. L’Europe semble tenter de mener une politique originale au sein de la triade qu’elle compose avec les Etats-Unis et le Japon. D’une manière générale, les politiques même dans les pays les plus avancés ont du mal à concevoir la société de l’information en terme de véritable métamorphose. On a plutôt l’impression que l'introduction des technologies de l’information se fait dans le cadre d’une politique qui reste largement marquée par les réflexes de la société industrielle. Les valeurs émergentes qui seraient susceptibles de porter une véritable transformation qualitative sont encore mal appréhendées.

Cependant de grandes tendances se dégagent
A travers l'étude du fourmillement des expériences spécifiques, au-delà des disparités, de grandes tendances s'affirment. Notre vie change finalement encore plus vite que les prédictions futuristes les plus ambitieuses. A mesure que la production matérielle est prise en charge par des robots sophistiqués et souples, l'activité dominante de l'homme se développe dans les domaines ou elle est irremplaçable, la création et la communication. Les systèmes de communication interactifs permettent aux individus d'échanger, de communiquer, de travailler en temps réel avec n'importe quel point de la planète. La création de produits à la valeur essentiellement immatérielle et leur communication sont en train de devenir les grandes occupations humaines. Les moyens de transmission de l'information par câbles, satellites, ondes et les ordinateurs qui traitent cette information constituent un gigantesque système nerveux à l'échelle de la planète. Nos cerveaux sont tous branchés les uns sur les autres à travers cette vaste infrastructure informatique qui extériorise nos capacités cérébrales. C'est la compréhension de l'information qui détermine la capacité créative et donc la qualité des biens produits en termes de valeur ajoutée. Les contenus culturels s’échangent de plus en plus à travers les réseaux informatiques. La planète est devenue une vaste place du village électronique où chacun vient partager les fruits de son génie créatif. Alors que les mass-médias de l'étape Industrie-Commerce distribuent "industriellement" l'information d'un point vers tous les autres, les médias interactifs de l'étape Création-Communication permettent à chacun d'être tout à la fois récepteur mais aussi créateur et diffuseur. Ce qui rassemble les individus en groupes, c'est leur "sensibilité ", c'est-à-dire leur manière spécifique de maîtriser l'information et de créer du sens. Suivant son état de conscience, sa sensibilité, chacun s'inscrit dans un champ de réalité différent. Ceux sont les courants de sensibilité qui organisent de manière systémique les réseaux d'informations planétaires et des millions de chercheurs élaborent par leur interaction en temps réel, d'instant en instant, un nouvel état de la conscience planétaire.

Notre compréhension scientifique de l'univers et de l'essence de la réalité évolue en profondeur
Comme à chaque étape de notre évolution nous vivons une extraordinaire révolution au niveau scientifique dans notre compréhension du monde et notre vision de la nature de la réalité. La physique newtonienne était essentiellement une physique de la matière. Einstein l’a remise en cause en observant que cette physique ignorait un certain nombre de phénomènes d’ordre énergétique notamment l’électromagnétisme. La théorie d’Einstein pour la première fois crée une équivalence entre matière et énergie avec la formule devenue mondialement célèbre : E=mc2. A partir de ce moment là, l'homme comprend que toute matière peut se résoudre en énergie. C’est ce potentiel important d’énergie enfermée au cœur de la matière qui permet alors de concevoir la possibilité d’une bombe atomique et permet de comprendre la longévité énergétique des soleils. Le fait de comprendre que la matière n’est qu’une forme "solidifiée" de l’énergie a modifié notre vision de l’espace et du temps. Dans cette conception, l’espace et le temps ne sont concevables que corrélés à des "événements énergétiques". C’est ce qui donne le caractère plastique de l’espace et du temps dans la théorie d’Einstein. Elles constituent une percée fondamentale dans notre conception de la réalité. Mais nous sommes en train d'aller plus loin et de montrer que l'énergie n'est en fait que des oscillations entre des polarités opposées. L’énergie elle-même peu être réduit à un processus informationnel. Dans ce contexte, on peut articuler l’ensemble des sciences mathématiques, physiques, chimiques, biologiques, psychologiques et sociales, dans un nouveau continuum systémique intégral à l’intérieur de la triade : information, énergie, matière. L'activité de plus en plus diversifiée, en branches spécialisées de la science a permis d'analyser chaque domaine par un découpage discursif de plus en plus fin. Aujourd'hui, les défis auxquels nous nous trouvons confrontés à tous les niveaux ne peuvent être relevés que si nous arrivons à dégager des visions globales de processus interactifs en action. L'approche systémique et intégrale analyse les interactions qui constituent un champ de réalité donné et permet de le positionné et de l'intégré selon son niveau de complexité dans la globalité. Dans ce type d'approche, le tout au lieu d'être détruit par l'analyse est mis en avant comme étant plus que la somme de ses parties. Nous apprenons à  appréhender la réalité comme un tissu complexe d'interactions. Dans cette approche, les formes, les objets tendent à se dissoudre et à n'être plus considéré que comme des solidifications temporaires de processus interactifs. Contrairement à l'approche réductionniste classique qui suppose l'existence d'une seule réalité objective dans un continuum d'espace-temps homogène, l'approche systémique et intégrale considère que le sujet observant et l'objet observé sont interdépendants et engagés dans un processus spécifique et constituent un champ de réalité original.  Il n'existe pas une seule réalité dans un espace-temps unique et homogène mais au contraire une multitude de champs de réalité avec leur espace et leur temps spécifiques.
Une nouvelle vision du cosmos est en train d'apparaître. Andrei Linde, un des plus grands cosmologistes de notre temps, enseignant à l'université de Stanford depuis 1990, a formulé en 1982 une nouvelle théorie de l'univers qui se veut une "amélioration" du modèle du Big Bang, l'explosion initiale à l'origine de la création de l'univers. Alors que la théorie classique du Big Bang décrit un univers semblable à une bulle de savon se gonflant graduellement, la théorie de Linde décrit un univers semblable à une bulle qui produirait des bulles identiques, et ainsi de suite. L'univers décrit par Linde enfanterait de nouveaux univers selon une arborescence empruntée aux mathématiques fractales découvertes par Benoît Mandelbrot. Ces nouvelles bulles seraient en fait des points de l'univers qui seraient entrés en expansion en eux-mêmes, sans affecter l'univers originel. Chacun de ces univers aurait ses propres lois de la physique et pourrait donner naissance à d'autres univers, et ainsi de suite. Ce mécanisme donnerait lieu à un univers auto-reproducteur éternel et infini dans le temps et dans l'espace. Le modèle de Linde est à la fois très audacieux et très novateur car il dépasse le problème de l'origine du Big Bang et se situe dans un nouveau cadre théorique qui intègre la relativité générale, la physique des particules, la théorie quantique des champs et la théorie des interactions fondamentales pour obtenir un cadre explicatif plus général. Ce nouveau cadre, appelé "quintessencence" par certains physiciens, est fascinant car il ouvre la possibilité mathématique et physique d'une création ex nihilo, à partir de fluctuations du vide quantique. Dans le monde quantique, les objets (particules, ondes ou champs) ne peuvent jamais être au repos absolu. Ils restent toujours dans un état de vibration résiduelle. Ainsi, le vide, ne doit plus être considéré comme un néant ou une absence totale de matière et d'énergie mais comme un champ d'énergie à son niveau minimal. Dans ce cadre théorique, les particules deviennent des émanations de ce champ. Leurs disparitions et apparitions sont la manifestation des fluctuations du champ quantique fondamental. L'expansion de l'espace induit l'excitation du champ, et donc la création de particules. Le processus ne consomme globalement aucune énergie, puisque celle-ci est simplement "transvasée" du contenant géométrique vers le contenu matériel, le champ quantique. Le plus étonnant c'est que ce processus peut s'enclencher quel que soit l'état quantique du champ au départ, même si c'est l'état de vide. La préexistence de particules matérielles n'est pas nécessaire pour amorcer la création d'autres particules. Linde s'appuie sur ce nouveau cadre théorique pour proposer son modèle cosmologique d'univers auto-reproducteur et auto-accélérateur. Dans ce scénario cosmologique, la singularité du Big Bang se voit remplacée par un détonateur physique, qui n'est autre qu'une instabilité du vide. En la présence, inévitable, de la gravitation, le système passe nécessairement d'un vide quantique instable à un univers en expansion et empli de matière, selon un processus qui s'entretient tout seul et qui ne coûte rien du point de vue énergétique. Dans ce fascinant scénario que nous propose Linde, tout se passe comme si la matière et l'espace-temps courbe, d'une part, et le vide, d'autre, part n'étaient que deux phases distinctes, mais énergiquement équivalentes d'un seul et même substrat. Tous les objets contenus dans l'univers, y compris nous-mêmes, ne seraient finalement qu'une forme cristallisés du vide. Dans le modèle de Linde, notre univers ne serait donc qu'une infime partie d'un "multivers" qui n'aurait ni commencement, ni fin et serait éternel. On voit donc qu'en ce début de XXIe siècle, la cosmologie, grâce aux nouveaux moyens d'observation et d'analyse, est en train de vivre une extraordinaire révolution, à la fois empirique et théorique, qui va déboucher sur un nouveau cadre conceptuel intégrant et dépassant, probablement à l'aide de la supersymétrie et de la théorie des supercordes, la physique quantique et la relativité générale. C'est dans ce contexte qu'il faut comprendre l'extraordinaire travail de synthèse et le caractère originale et historique de la théorie du champ Akashique que propose Ervin Laszlo.

Nos subjectivités, nos cultures et nos manières d'envisager l'art sont en pleine transformation

Il est intéressant de regarder tout au long de l'histoire le cycle de vie des styles artistiques qui sont par excellence l'expression de la subjectivité d'une époque. Tout au début des temps historiques, l'art Egyptien voit une fidélité à un style donné s'étendre sur plusieurs milliers d'années. L'art Grec et Romain  évoluent plus rapidement change au cours des siècles. Le Moyen-Âge est la dernière époque où l'on voit les styles rester stables sur une assez longue période ; bientôt l'esthétique changera avec chaque règne, puis évoluera encore plus rapidement en changeant avec les générations, tous les trente ans, enfin, avec la modernité, la mode s'empare des décennies, des années, des semestres et finalement superpose les sémantiques dans l'art contemporain où tous les styles se chevauchent.

Par ailleurs, le mélange des cultures augmente la complexité de l'analyse de la subjectivité contemporaine. Petit à petit, les cultures les plus différentes se pénètrent les unes les autres, les voitures envahissent l'Inde tandis que le yoga se répand en Occident, etc. Rien n'est plus efficace pour quitter ses habitudes culturelles et en voir toute la relativité que d'avoir à endosser une nouvelle culture. À mesure que ce type d'expérience se multiplie, il se crée une nouvelle humanité nomade et citoyenne du monde.
L'accélération de la mode et la confrontation des cultures nous emportent dans un tourbillon de système de représentations où nous apprenons la relativité de toute perception et de toute connaissance. Chaque champ de réalité, chaque événement crée son propre espace-temps. Par une logique du retournement, notre volonté d'universalisme nous a emportés aux confins de toutes les cultures avec chacune leur temps et leur espace particuliers. Nous avons découvert des mondes hétérogènes et lorsque l'on veut les comparer en les traduisant les uns dans les autres, on en perd la substance même.

Les individus se mettent à exister dans plusieurs systèmes de représentation en parallèle et sont révélés à des réalités exogènes les unes aux autres. C’est ce qui distingue la jeunesse d’aujourd’hui. Les jeunes se meuvent naturellement dans plusieurs systèmes de représentation en parallèle et développent de ce fait une forme de personnalité multiple qui est très difficilement cernable à partir des analyses classiques.
Beaucoup de choses sont différentes dans le passage d'ère à l'autre, mais il y a quelque chose  de très singulier aujourd'hui. Dans les ères précédentes, les gens naissaient, vivaient et mouraient dans un système de représentation. Dans l’ère Création-Communication, non seulement ils seront amenés à changer de systèmes de représentation au cours de leur vie mais, de plus, ils vivent en parallèle sur plusieurs systèmes de représentation. La dynamique de la connaissance et le développement de la conscience sont produits par ces sauts entre des systèmes de représentation hétérogènes. Les enfants, en passant d’un logiciel à un autre, et souvent d'une culture à l'autre sont initiés très tôt à cette multitude des champs de réalité. L'art contemporain de ces dix dernières années illustre de manière visionnaire ce processus de fragmentation. La théorie des champs de réalité (présentée pour la première fois au Ministère de la recherche française en 1987) constitue une première approche théorique  de la fragmentation des identités dans le contexte contemporain. Cette théorie fonde les bases d’une épistémologie nouvelle et permet de donner les fondements à une approche systémique qui intègre les trois niveaux de réalité: l’information, l’énergie, la matière. La révolution du passage de la société industrielle à la société de l’information n’est peut-être pas de ces révolutions très visibles qui se jouent au cœur des institutions. La révolution se joue peut-être à l’intérieur de chacun de nous dans l’invisible, d’une manière profonde et pratiquement inconsciente. Le concept de révolution moléculaire que développe Félix Guattari montre que nous nous individualisons sans même nous en rendre compte pour mieux nous fragmenter. La consommation nous renvoie à chaque instant à nous-même dans la question du choix.
Le sujet en question : je ne suis pas ce que je pense et moi est un autre.
Finalement, qui suis-je ? Je découvre poétiquement comme Rimbaud que "je est un autre". Je m’enfonce dans le labyrinthe de mes identités successives à la recherche d’une singularité évanescente. J’échange mes identités avec d’autres qui me repoussent et m’attirent dans leur ressemblance étrange et dans leur différence. Dans le flou qui m’envahit, il s’agit de moins en moins de consommation mais d’une consumation de moi-même où je me perds dans le présent et tout devient éternel parce que "cela" n'a jamais été logique. La seule chose qui compte finalement est l’essence des choses. C’est pourquoi, il me faut de "l’authentique" car, amené à mon propre épuisement, j’ai besoin de l’harmonie absolue pour me ressourcer. Petit à petit, les êtres et les choses tissent des liens entre leur essence. Et je découvre, que le monde est un, non pas à l’intérieur d’une sorte d’homogénéité universelle, mais comme un être complexe diversifié et émergeant. Et je suis aussi ce cosmos, cet autre, et je sais que je viens de l’éternité, et que j’inscris ces mots poétiques dans l’éternité. Petit à petit se dessine une liberté qui se délie des références classiques et s’invente à la source de toutes les créations. Cette liberté de la diférence est foisonnante, virale, elle s’infiltre partout et transforme tous les êtres avant même qu’ils en aient conscience. Nous résistons, je résiste, mais c’est comme un océan qui vient de partout, de l’intérieur comme de l’extérieur, et il nous faut bien apprendre à nager. Ce qui compte là, c’est d’être fidèle à soi-même. Il faut essayer de retrouver les traces de soi. Je dois faire l’archéologie de mes vies passées, la psychanalyse de ma famille, mais aussi apprendre à rêver mon futur afin d’y créer une plus grande proximité avec moi-même. Je ne survie que dans la mesure où je me rapproche de mon altérité, où je me nourris de ma différence, et que cette différence s’enflamme pour devenir un porte-drapeau mais aussi une planche de survie.
Dans ce nouveau contexte chaque personne est susceptible de vivre beaucoup mieux s’il accepte pleinement, que, ce qui lui convient, peut être très éloigné des autres.
Qu’est-ce qui me convient vraiment?
Quel est le bon rythme de vie?
Quelles sont les activités, les occupations, quels sont les amis qui me conviennent et qui font que petit à petit ma vie sonne juste?
Comment trouver la bonne harmonique qui fasse que je me mette à vibrer au bon instant dans le bon endroit avec le concert de la création cosmique?
Ce qui est curieux dans ce processus c’est que l’extrême solitude débouche, comme par enchantement et de manière fulgurante, sur une proximité organique qui nous relie, à chaque instant et dans chaque chose, dans une sorte d’amour cosmique originelle. En prenant de plus en plus de liberté avec nous-même et avec les autres, en découvrant notre singularité, nous construisons chacun des univers improbables qui constituent, en s’articulant ensemble, la culture contemporaine et la civilisation du future.

Comment construire les civilisations du futur ?

Le travail de Carl Rogers, auteur du livre Le développement de la personne est dans ce contexte très important. Il nous faut créer une nouvelle qualité de dialogue entre nous où chacun puisse s’exprimer dans sa différence avec l’autre. A travers ce processus, qui peut paraître chaotique, hésitant, balbutiant, se construit une connaissance qui fait de chaque difficulté de la vie une occasion d’apprendre et de grandir. Le plomb du quotidien, les échecs et les résistances deviennent l’or du présent, de l’échange et de la transformation.
Comment inventer une université où le processus de connaissance soit basé sur un véritable échange des expériences et des connaissances innovantes ?
Comment inventer de nouveaux espaces politiques qui amènent une participation de chacun dans un véritable dialogue et une transformation personnelle et institutionnelle ?
Je n’ai pas l’impression qu’il y ait des solutions toutes faites. A mesure que nous vivrons notre transformation intérieure, nous inventons chacun, localement et globalement, ensemble, une nouvelle manière d’agir et de se relier. Les nouvelles civilisations restent à inventer mais elles naissent dès maintenant de la qualité d’une multitude d’échanges infinitésimaux. C'est une révolution intime et moléculaire comme les travaux de Michel Foucault, Gilles Deleuze et Félix Guattari le montrent et l'analysent.
Il n'est jamais trop tard pour être optimiste. Quand l'Empire Romain s'est effondré, deux tiers de la population du bassin méditerranéen a disparu et l'écriture et les manuscrits antiques n'ont pu être protégé que dans quelques monastères reculés qui ont vécu en autarcie pendant  plusieurs centaines d'années. Il nous a fallu plus de mille ans pour retrouver le niveau de civilisation antérieur ! L'humanité est lente à évoluer mais elle apprend de plus en plus vite. Nous pouvons espérer que la transition à venir fera proportionnellement moins de dégâts collatéraux et sera plus rapide.

Mais si nous ne faisons rien, la disparition de l’humanité est aussi certaine que la disparition actuelle de nombreuses espèces animales et végétales. Nous sommes en face d’un grand virage et ce virage n’est pas mauvais en soi. Au contraire, il peut nous amener à développer des civilisations respectueuses des unes des autres, vivant en harmonie et apportant chacune leur singularité. Nous pouvons redéployer la biodiversité et élaborer une agriculture et une industrie qui feront de la planète un paradis et la base solide pour notre exploration de la galaxie et du cosmos.

Dans le cadre d’un renouvellement de la démocratie au niveau planétaire, la possibilité de tous les êtres humains de communiquer ensemble et d’échanger leurs savoirs multiformes permet de libérer l’innovation et d'inventer ensemble des institutions basées sur de nouvelles cultures, structures, systèmes et management libérant la créativité de chacun.

Comme le dit Théodore Zeldin, « aujourd’hui, de plus en plus de gens, à travers le monde entier, ne sentent pas appréciés à leur juste valeur, pas compris ni écoutés. Il n’y a une grande faim d’encouragement personnel que la société de masse ne peut rassasier. Une immense richesse de talents cachés et inexploités, et pas seulement parmi les personnes désavantagées économiquement. Des méthodes originales doivent être inventées pour révéler ces talents et libérer les gens des stéréotypes qui les amoindrissent. Des institutions d’un genre complètement nouveau doivent être créées de même que la démocratie a inventé de nouvelles institutions il y a quelques siècles pour valoriser l’originalité de chacun. De nouveaux outils sont aujourd’hui disponibles pour rendre cela possible. C’est là que la France pourrait entraîner le monde »[3]. Les voyages dans le monde ont montré à quel point cette citation est juste à trois niveaux :
Premièrement, du fait de la diffusion de l’éducation, il existe une frustration de millions d’êtres dont les talents et la créativité sont écrasés par des structures et des systèmes d’un autre âge.
Deuxièmement, nous avons connu une évolution extraordinaire des recherches en sociologie et en management qui nous permettent d’imaginer des structures et des systèmes infiniment plus fluides et participatifs permettant une co-création collective.
Troisièmement, la France a historiquement montré un véritable talent et un géni singulier dans sa capacité à articuler des échanges entre des points de vue et des cultures les plus diverses. Elle a su proposer au monde, à chacune des grandes évolutions précédentes, des modèles de structures et de systèmes innovants dont la valeur s’est révélée universelle.
Dans les mutations que nous allons traverser, chaque pays doit apporter son talent et son génie et c’est dans ce contexte que la France doit se réinventer pour redevenir l’espace d’innovation, et de dialogue qu’elle a toujours été.





[1] La notion de capitalisme naturel a été développée par Paul Hawken, Amory Lovins et son épouse L. Hunter Lovins dans un livre intitulé Natural Capitalism, publié en 1999. Ce terme désigne un modèle économique qui tente de diminuer notre impact sur l'environnement, de restaurer les écosystèmes et d'augmenter la productivité des ressources naturelles que nous utilisons.

[2]
[3]  Rapport de la commission Attali, 2008.





VIDEO DE LA JOURNEE :

 https://vimeo.com/album/240299












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